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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 14:25

Tout est dans le titre ou presque ! Escalade hivernale sur la flèche élancée qu’est l’aiguille du Moine, celle qui domine la vallée de Chaudefour. Nous avons les conditions climatiques idéales : soleil, absence de vent, températures clémentes mais reste à découvrir ce qui nous attend au contact du rocher. C’est ce qui dictera la difficulté de l’entreprise…

Départ pas trop matinal (9h00), rien ne sert de courir, attendons que le soleil chauffe un peu le rocher. La trace est bien marquée jusqu’à la forêt. C’est agréable car nous avons bien un peu les mollets tannés des petites goulottes d’hier (cf. article goulotte Etienne et goulotte Raie des fesses). Nous observons notre objectif et on voit que la neige est encore bien présente sur le rocher, il faut aller voir ça de plus près car nous voulons escalader l’arête Ouest, la voie la plus courte pour rejoindre le sommet.

4L’imposante Aiguille du Moine sous le Puy Ferrand

Nous remontons le couloir à droite du Moine, contournons l’aiguille par la gauche et remontons jusqu’au pied de l’arête Ouest. Il est presque 11h, nous sommes équipés, prêts pour l’escalade. Théo y va, pose les mains et les pieds sur le rocher et crie « merde ça passera pas », le rocher est gelé, impossible de s’y tenir dessus, la voie au-dessus semble également difficilement praticable. On est forcé à faire demi-tour, en plus, l’équipement est sommaire, juste quelques pitons en place d’après Théo.

26L’arête W de l’aiguille du Moine, bien gelée, les dalles comme les fissures

Nous avons aperçus des pitons sur la face sud en montant tout à l’heure, ça semble la seule solution pour escalader l’aiguille car cette face est bien sûr plus ensoleillée donc forcément plus sèche. Deux minutes de réflexion : nous savons qu’il existe une voie de ce côté mais on ne connaît ni l’itinéraire, ni la difficulté. A vu d’œil, ça devrait pouvoir le faire. C’est décidé, on y va.

27aLes 20 premiers mètres de la face sud

Nous creusons une terrasse dans la neige, vérifions le matériel : des pitons, un marteau, un jeu de trois coinceurs, des sangles de 120cm, un jeu de dégaines et du courage ça peut servir. Théo met les chaussons, c’est partit, il clippe le premier piton puis le second et me regarde : « ça ne va pas être de la limonade ! ». Les prises d’adhérence pour les pieds : à oublier, les bonnes prises sont humides, les petites plateformes en neige ou glace et la neige qui fond ruisselle sur le rocher. Ambiance ambiance. Il continue de grimper, puis se retrouve presque dix mètres au-dessus du 2ème piton, c’est là qu’il vaut mieux ne pas trop réfléchir. Et hop c’est parti : premier pitonnage car l’escalade devient plus dure : tic tic tic, la protection est mise en place, l’escalade continue doucement, moi je me fais parpiner de neige, de glace, d’eau en bas. Il installe une sangle autour d’un rocher pour protéger des pas délicats. Ça n’a pas l’air si facile (5c ?) ! Il retrouve un piton et continue sur plus de 10m et fait un relai sur deux coinceurs, le tirage commençait à rendre plus délicat l’escalade.

A mon tour d’y aller (je mets les grosses dans le sac au cas où), je comprends tout de suite la complexité de l’affaire, les chaussons toujours trempes, adhérence limitée, prises humides, tout ce qui est plat est recouvert de neige : l’escalade est plus difficile que je le pensais surtout dans ces conditions. Cependant le rocher n’est pas froid.

36Oliver dans la face sud du Moine : l’escalade hivernale voilà ce que ça donne !

Je rejoins Théo. Première longueur : 35m avec un relai sur une petite plate-forme qui t’humidifies bien les pieds. Théo repart en allant sur la gauche pour contourner la dalle trop raide au-dessus de nous.

40C’est parti pour la deuxième longueur

Il retrouve un piton, pas délicat, un second piton puis plus rien sur 10m. Il me gueule : « Laisses moi bien du mou, je vais traverser l’autre face (face sud-ouest), ya une vire étroite mais aucune protection, juste un piton au départ ». Ok, je vais faire au mieux. 5 minutes après : « RELAI VACHE ». Je me lance alors dans l’escalade, pas évident (ça doit bien être du 5), tout est mouillé, faut vraiment être concentré, puis j’arrive à la vire, étroite à souhait. « Put…, tout de même ». Presque dix mètres de long, heureusement qu’il y a des prises de main correctes et que la vire est sèche. Ce passage est exposé, chute interdite ! Je rejoins Théo et comprends l’affaire : il vient d’installer un relai sur pitons pour m’assurer, il ne pouvait pas continuer car il y avait trop de tirage. On vient de retrouver l’arête Ouest bien enneigée. Je m’installe plus loin en équilibre sur un relai existant enfoui dans la glace.

41L’arête Ouest impraticable

42

Olivier au relai sur l’arête Ouest avant la dernière longueur de l’aiguille du Moine

C’est parti pour la dernière longueur. Théo installe un piton avant la petite dalle, taille des marches dans la dalle recouverte de neige puis escalade le dièdre de sortie (4m) en artificiel sur piton, étrier et coinceur car la fissure est gelée est les appuis de pied impossibles sur les deux côtés du dièdre. Relai vaché.

46Installation d’un piton, le marteau nous aura bien servi

A mon tour, j’enlève le piton, continu jusqu’au pied du dièdre et l’escalade en artif.

53Olivier dépitonne avant la dalle en neige

57Le dièdre de sortie franchit en artif, seule solution ce jour-là

Nous sommes tous les deux au sommet, quelle ambiance ! Nous restons contempler le paysage depuis ce belvédère qui nous aura valu une sérieuse escalade pour le gravir. Nous avons mis 3 heures !

67La vallée de Chaudefour

On tire un rappel (40m) sur la face sud-ouest, l’occasion de revoir plus tranquillement la vire de traversée (L2).

92Le rappel

On rejoint la terrasse de départ, on met les grosses et les crampons et retour au buron de Chaudefour.

99On était là-haut

Le Sancy peut réserver de belles aventures, et une hivernale à l’Aiguille du Moine est à classer dans cette catégorie. L’ascension par la face sud puis ouest peut être cotée D (Difficile) bien que l’ampleur de la course est limitée. Cependant, les conditions hivernales compliquent très nettement l’escalade et augmentent l’engagement car la voie est seulement bornée par quelques pitons. Prévoir coinceurs mécaniques et pitons pour une hivernale. Quoi qu’il en soit, l’itinéraire est intéressant et mérite le détour. L’expérience acquise dans les Ecrins nous aura bien servie ce jour-là.

Après coup nous avons consulté un ancien bout de topo : la voie dite « voie normale » est millésimée 1937 par Aspert et Belin ! Difficulté technique : L1 : V puis III, L2 : IV puis III (vire), L3 : V-. Autant dire que les cotations sont un peu sèches, plutôt 5c à mon avis de nos jours (sur pitons uniquement).

Olivier et Théo

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commentaires

Katya 10/11/2012 17:29

Bonjour, bravo pour cette voie!
Nous avons l’idée d'y aller mais en regardant votre sortie je me doute... Est-ce que on peut s'en passer du pitonnage (avec les coinceurs)?

Oliv et Aurel 13/11/2012 20:15



merci
on l'a à nouveau tenté l'an dernier, mais on a abandonné, c'était seulement possible en dry -tooling mais on avait pas le niveau.


Il m'a semblé de visu qu'il y avait peut-être des pitons en plus sur les 10 premiers mètres par rapport à 2010, la suite je ne sais pas. Il est possible de mettre quelques coinceurs, ça c'est
sûr, mais la neige/le gel bouche défois les fissures. C'est faisable sans pitonnage mais mieux vaut en avoir au cas où. L'engagement varie je pense beaucoup selon l'état du rocher, c'est ce qui
doit guider le pitonnage ou non.


Pour la voie de l'arête Ouest, ça parait vraiment compliqué en hiver.


Bon courage


 



pierrelo 07/02/2010 22:21


salut les gars. Super, vous fait des jolis courses.A ce rythme vous aller épuiser toute les voies de la vallée;-) .
A+


eric 28/01/2010 18:02


superbe, les conditions n'étaient pas optimales mais c'est ce qui fait le charme de la grimpe hivernale.
bonne continuation sur le sancy et ailleurs.
Eric


Oliv 28/01/2010 23:55


en effet, le rocher en hiver c'est pas cadeau à cette altitude mais ça reste de bons moments!
oliv


Sylvain 26/01/2010 23:57


Ma parole, ça assure, vous êtes bien vaillants ! Je me les caille rien qu'en regardant les photo.
Tchow !